Le 21 octobre, la députée et ancienne ministre Olivia Grégoire a présenté son rapport sur la croissance et la transmission des TPE et PME. Missionnée le 10 avril 2026 par le Premier ministre Sébastien Lecornu, elle y formule vingt-six propositions, selon l’analyse détaillée qu’en a publiée la Fondation iFRAP. Pour un dirigeant qui envisage de céder son entreprise dans les années à venir, le document pose une question très concrète : que vaut une société qui a cessé d’investir à l’approche de la vente ?
Plan de l'article
Un enjeu chiffré en centaines de milliers d’entreprises #
Le point de départ du rapport est démographique. D’ici 2030, « ce sont 370 000 entreprises, représentant pas moins de 3 millions d’emplois » qui seraient concernées par une transmission, rapporte Presse Agence à partir de la présentation du rapport. Le même article indique que, sur les 74 000 entreprises qui deviennent transmissibles chaque année, seules 26 000 sont effectivement reprises.
La Fondation iFRAP invite à manier ce ratio avec prudence : il rapproche un flux potentiel d’entreprises de toutes tailles et un nombre de cessions limité aux entreprises d’au moins un salarié. L’ordre de grandeur reste néanmoins parlant. Le rapport cite aussi, d’après l’iFRAP, une estimation de la direction générale des entreprises : environ 500 000 dirigeants ont 60 ans ou plus.
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La valeur se construit avant la mise en vente #
La thèse centrale du rapport tient à la notion de trajectoire. Une entreprise ne se vend pas sur son seul bilan passé, mais sur la croissance qu’un repreneur peut en attendre. Un dirigeant qui réduit ses investissements dans les années précédant sa sortie, pour soigner sa trésorerie ou parce qu’il ne se projette plus, fait mécaniquement baisser la valeur de ce qu’il cède.
Le calendrier joue contre beaucoup de cédants. Le rapport relève, toujours selon l’iFRAP, qu’une transmission réussie demande trois à cinq ans de préparation, alors que la plupart des dirigeants s’y prennent moins de deux ans avant leur départ. Or c’est précisément pendant cette fenêtre que se jouent les choix qui pèsent sur une évaluation : renouvellement des équipements, structuration de l’équipe de direction, dépendance au dirigeant, qualité du reporting financier.
Un marché très inégal selon la taille
Le rapport souligne aussi un déséquilibre marqué entre offre et demande. L’iFRAP en reprend le constat : on compte un repreneur pour deux entreprises de moins de dix salariés, et quinze à vingt pour une entreprise de plus de cinquante salariés. Pour une très petite entreprise, la difficulté n’est donc pas seulement de bien fixer son prix, mais de trouver un acquéreur tout court. Les salariés représentent une piste encore marginale : 17 % des reprises leur reviennent, d’après le chiffre repris par l’iFRAP.
Trois axes : le cédant, les fonds propres, la fiscalité #
Les vingt-six propositions sont réparties en trois blocs : accompagner le cédant, renforcer les fonds propres, faire de la fiscalité un levier de transmission.
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Accompagner le cédant
Le premier axe vise à mieux organiser l’accompagnement, aujourd’hui dispersé entre chambres consulaires, experts-comptables, banques et réseaux. Le rapport propose notamment une coordination régionale contractualisée, baptisée « Team Reprise », et une liste nationale des secteurs en situation critique, que la direction générale des entreprises établirait chaque année.
Renforcer les fonds propres
Le deuxième axe s’attaque au financement des reprises. Parmi les pistes relevées par l’iFRAP figurent un fonds de croissance pour les PME inspiré de l’initiative Tibi, avec un objectif de 5 milliards d’euros de capitaux privés sur cinq ans et une intervention de Bpifrance et de la Caisse des dépôts en première perte, la relance du FCPE de reprise pour bâtir un équivalent français de l’actionnariat salarié à l’américaine, et la sécurisation du crédit vendeur par une garantie de Bpifrance.
Faire de la fiscalité un levier
Le troisième axe est le plus commenté. La mesure phare est une « année blanche » d’impôt sur les bénéfices pour les repreneurs, dont le coût est évalué dans le rapport à 55,5 millions d’euros par an, selon le tableau publié par l’iFRAP. D’autres propositions renvoient au projet de loi de finances pour 2027 et à la transmission aux salariés. L’iFRAP regrette toutefois que le rapport n’aille pas jusqu’à supprimer la taxation des transmissions.
Ce qu’un dirigeant peut en retenir dès maintenant #
Aucune de ces propositions n’est à ce stade adoptée : il s’agit d’un rapport de mission, dont les suites dépendront du gouvernement et des débats budgétaires. Le diagnostic, lui, peut déjà guider une stratégie de cession.
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Le premier réflexe est d’anticiper. Préparer une transmission trois à cinq ans à l’avance laisse le temps de maintenir l’effort d’investissement, de réduire la dépendance de l’entreprise à son dirigeant et de présenter à un repreneur des comptes lisibles, avec une trajectoire crédible.
Le deuxième est de faire évaluer l’entreprise tôt, sans attendre d’avoir un acquéreur en face de soi. Une première évaluation sert de point de repère : elle montre ce qui tire la valeur vers le bas et ce qui peut encore être corrigé avant la mise en vente.
Le troisième, enfin, est d’élargir le cercle des repreneurs possibles. Les salariés, les concurrents ou les fonds de taille modeste sont autant de pistes à étudier, d’autant que le rapport plaide pour mieux outiller ces reprises internes et leur financement.




