Les trésoriers des grandes entreprises et des ETI tirent la sonnette d’alarme. Selon l’enquête mensuelle menée par Rexecode, l’Association française des trésoriers d’entreprise (AFTE) et le Mouvement des ETI (METI), les retards de paiement des clients ont atteint en octobre leur plus haut niveau depuis la crise sanitaire de 2020. Une tension qui ne reste jamais en haut de la chaîne : quand les grands clients paient plus tard, ce sont leurs fournisseurs, souvent des PME, qui financent l’écart.
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Ce que dit l’enquête d’octobre #
Les résultats, détaillés par Daf-Mag le 21 octobre, montrent une dégradation nette. Le solde d’opinion sur la trésorerie d’exploitation des ETI et grandes entreprises s’établit à -4,5 points, en baisse de 1,2 point sur un mois. Seuls 12 % des trésoriers interrogés jugent leur trésorerie d’exploitation aisée, 64 % la considèrent normale et 24 % difficile.
La trésorerie globale décroche plus fortement encore : après avoir touché en septembre son plus haut niveau en trois ans, son solde d’opinion chute de 24 points en un mois. L’enquête a été conduite du 7 au 15 octobre 2026.
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Les délais clients, premier facteur de dégradation
Le cœur du problème tient aux encaissements. Le solde d’opinion relatif aux retards de paiement des clients progresse de neuf points et atteint 30 %, du jamais-vu depuis 2020. Dans le détail, 34 % des trésoriers constatent un allongement des délais de leurs clients, contre seulement 4 % qui observent un raccourcissement ; 63 % les jugent stables.
Côté fournisseurs, le solde passe de -2 en septembre à 3 en octobre. L’enquête souligne surtout l’écart qui se creuse entre les deux : les entreprises doivent régler leurs fournisseurs avant d’avoir encaissé leurs propres créances, ce qui crée une tension mécanique sur les flux de trésorerie.
Énergie et change en toile de fond
Les coûts externes pèsent aussi. 76 % des trésoriers déclarent que le niveau actuel des prix des matières premières a un effet négatif sur leur trésorerie. Le change ajoute de la volatilité : 50 % estiment que le taux euro-dollar pèse sur leur trésorerie, soit 14 points de plus qu’en septembre, après le repli de l’euro autour de 1,12 dollar depuis début octobre.
La facturation électronique n’a pas encore changé la donne #
Le focus du mois portait sur la réforme de la facturation électronique, entrée en vigueur le 1er septembre pour les grandes entreprises et les ETI. Six semaines après, près des deux tiers des trésoriers jugent trop tôt pour en mesurer les effets sur les délais de paiement clients, et la plupart des autres ne constatent aucune amélioration. Sur la visibilité des prévisions d’encaissement, 67 % ne relèvent aucun effet notable.
Autrement dit, la dématérialisation des factures ne raccourcit pas, à elle seule, le moment où l’argent arrive sur le compte. Elle peut en revanche réduire les litiges de forme, à condition que les processus internes suivent.
Pourquoi les PME doivent s’en préoccuper #
Une grande entreprise qui allonge ses délais transfère sa tension de trésorerie à ses fournisseurs. Pour une PME, quelques semaines de retard sur un gros client peuvent suffire à consommer toute la marge de manœuvre du mois. Le cadre légal existe pourtant. Comme le rappelle Bpifrance Création, le délai de paiement entre professionnels est de 30 jours par défaut ; un délai plus long peut être négocié, mais sans dépasser 60 jours à compter de l’émission de la facture. Des pénalités et une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement sont prévues en cas de retard.
Les leviers à activer dès maintenant
Premier levier : la rigueur de la facture elle-même. Une facture émise vite, complète et conforme laisse moins de prise aux contestations qui servent souvent de prétexte pour décaler un paiement. Les mentions de la date d’échéance et des pénalités de retard doivent y figurer clairement.
Deuxième levier : la relance structurée. Une relance amiable quelques jours avant l’échéance, puis une relance formelle dès le premier jour de retard, change le rapport avec le client. Appliquer effectivement les pénalités prévues au contrat, au moins sur les retards répétés, envoie un signal.
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Troisième levier : le pilotage. Suivre chaque semaine le délai moyen d’encaissement par client permet de repérer les dérives avant qu’elles ne deviennent critiques. Un tableau de trésorerie prévisionnelle à 13 semaines, mis à jour régulièrement, aide à anticiper un besoin de financement court terme plutôt qu’à le subir.
Enfin, il peut être utile de revoir la répartition du risque client : un portefeuille trop concentré sur un ou deux grands comptes rend l’entreprise très dépendante de leur politique de paiement. Diversifier, ou au moins négocier des acomptes sur les grosses commandes, réduit l’exposition.
Un indicateur à suivre dans les prochains mois #
Cette enquête porte sur les ETI et les grandes entreprises, mais elle sert de signal avancé pour l’ensemble du tissu économique. Si les retards observés par les trésoriers se confirment, les fournisseurs de ces groupes en ressentiront les effets dans les semaines qui viennent. Pour les dirigeants de PME, c’est le moment de relire les conditions de paiement de leurs principaux clients et de resserrer le suivi des encaissements, avant la période de fin d’année où les besoins de trésorerie sont souvent les plus élevés.




