Les trésoriers d’entreprise qui ont placé de l’argent sur un compte à terme en septembre ont obtenu de meilleures conditions qu’à l’été. Selon la statistique mensuelle de la Banque de France mise en ligne le 2 novembre, le taux moyen des nouveaux dépôts à terme de plus de deux ans souscrits par les sociétés non financières atteint 3,45 %, contre 3,08 % en août. C’est la plus forte hausse du mois, toutes catégories confondues : 37 points de base.
Ce chiffre attire l’œil, mais il porte sur une petite partie de la trésorerie des entreprises. Pour un directeur financier ou un dirigeant de PME, l’intérêt est ailleurs : comprendre ce que la remontée des taux change concrètement pour l’argent qui dort sur les comptes.
Plan de l'article
Ce que disent les chiffres de septembre #
La Banque de France distingue deux mesures. La première porte sur les contrats nouveaux, c’est-à-dire les placements souscrits pendant le mois. La seconde porte sur les encours, l’ensemble des sommes déjà déposées, quelle que soit la date de souscription.
Côté contrats nouveaux, la hausse est générale chez les entreprises. Les dépôts à terme de deux ans au plus sont rémunérés en moyenne à 2,64 % en septembre, après 2,49 % en août. Ceux de plus de deux ans passent à 3,45 %. Un an plus tôt, en septembre 2025, ces deux taux s’établissaient respectivement à 2,09 % et 2,63 %.
Les volumes, eux, racontent une autre histoire. En septembre, les entreprises ont placé environ 41 milliards d’euros en dépôts à terme courts, contre 3 milliards seulement sur des durées supérieures à deux ans. L’essentiel de l’argent mis de côté reste donc sur des échéances courtes, mieux adaptées aux besoins de trésorerie qui peuvent surgir à tout moment.
Des encours qui bougent à peine
Sur l’ensemble des dépôts des sociétés non financières, soit 721 milliards d’euros, le taux moyen de rémunération ne progresse que de 1,27 % à 1,30 %. L’écart avec les contrats nouveaux s’explique simplement : la plus grande partie de cet argent, 487 milliards d’euros, est logée sur des comptes courants. Leur rémunération moyenne n’est que de 0,55 % en septembre, même si elle progresse légèrement (0,52 % en août).
Autrement dit, la remontée des taux ne profite qu’aux entreprises qui font l’effort de placer leurs excédents. Une trésorerie laissée sur le compte courant ne suit presque pas le mouvement.
Pourquoi les taux remontent #
Le même tableau de la Banque de France rappelle l’environnement de marché. Le taux minimal de soumission aux appels d’offres de l’Eurosystème, qui sert de référence aux banques, est indiqué à 2,65 % en septembre, contre 2,40 % en août et 2,15 % un an plus tôt. L’Euribor 3 mois, indice sur lequel sont indexés de nombreux crédits et placements, s’établit en moyenne à 2,64 %, après 2,51 % en août.
Les taux longs de l’État suivent la même pente : le rendement de l’emprunt d’État à échéance constante 2 ans atteint 3,39 % en moyenne en septembre, celui à 5 ans 3,80 %. Les banques, qui se refinancent plus cher, rémunèrent mieux les dépôts qu’elles collectent, en particulier ceux qu’elles peuvent conserver longtemps. C’est ce qui explique la prime accordée aux placements de plus de deux ans.
Le site Économie Matin, qui a repris ces statistiques, souligne que le taux de 3,45 % concerne une catégorie de contrats bien plus étroite que l’ensemble des dépôts des entreprises. C’est la bonne lecture : il s’agit d’une moyenne observée, pas d’un taux proposé à toutes les entreprises par toutes les banques.
Ce que cela change pour la gestion de trésorerie #
Pour une PME qui dispose d’excédents durables, l’écart entre le compte courant et un dépôt à terme est devenu significatif. Mais bloquer de l’argent plus de deux ans suppose d’avoir une visibilité solide sur ses besoins. Une entreprise qui doit puiser dans ce placement avant l’échéance s’expose, selon les contrats, à une rémunération réduite ou à des pénalités.
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La première étape reste donc la même : établir un prévisionnel de trésorerie fiable, qui sépare l’argent nécessaire au fonctionnement courant (salaires, fournisseurs, échéances fiscales et sociales) de la réserve de précaution et des véritables excédents. Seule cette dernière part a vocation à être placée sur des durées longues.
Échelonner plutôt que tout bloquer
Beaucoup de trésoriers choisissent d’échelonner leurs placements : une partie sur quelques mois, une partie sur un an, une partie plus longue. Cette méthode permet de profiter de taux plus élevés sans perdre toute souplesse, et de réinvestir régulièrement à mesure que les conditions évoluent.
Il faut aussi garder en tête que les chiffres de septembre sont provisoires, et que ceux d’août ont été révisés, comme le précise la Banque de France. Une hausse sur un mois ne fait pas une tendance durable, et les conditions obtenues dépendent toujours de la négociation avec sa banque, du montant placé et de la relation commerciale.
Un signal à surveiller dans les prochains mois #
La progression conjointe des taux de marché et de la rémunération des dépôts a un revers : le coût du crédit suit souvent le même chemin. Pour un dirigeant, la question n’est donc pas seulement de mieux placer sa trésorerie, mais aussi d’anticiper ses besoins de financement avant que les conditions ne se resserrent davantage.
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La prochaine publication de la Banque de France, consacrée au mois d’octobre, dira si la hausse de septembre se confirme. D’ici là, c’est le bon moment pour revoir la répartition de sa trésorerie entre comptes courants et placements, et pour interroger sa banque sur les conditions qu’elle propose réellement.




